Interview extraite du Hors-Série Rock Sound
spécial Punk-Rock n° 3 d'octobre 1999 :
MEDAILLES D'ORLEANS
Interview par Frank Frejnik et photo de Jade
Petit.
Que nos Burning Heads nationaux aient été
enregistrer sur le sol américain ne constitue pas vraiment un
exploit. Qu'ils aient travaillé avec Jack Endino ou qu'ils aient
donné quelques concerts à Los Angeles, non plus. Mais tout cela
attisait bien trop notre curiosité pour qu'on ne demande pas
quelques commentaires aux intéressés.
Les Orléanais sont donc restés
cinq semaines sur la côte Ouest des Etats-Unis. Une Période
qui avait tout des vacances mais qui s'est avérée plutôt studieuse.
philippe, le grand guitariste blond des Têtes en Flammes, a
bien voulu nous faire partager ses souvenirs.
"On est arrivé à Los Angeles où
on a passé quatre ou cinq jours. On est passé voir un pote qui
a ouvert un magasin de disques là-bas. Pour notre venue, il
avait organisé quelques concerts dont un dans son magasin. Sa
boutique n'est pas très grande mais en poussant les bacs, c'est
sympa. Il fait souvent ça pour aider les petits groupes. Souvent
ce sont des très jeunes groupes, moyenne d'âge quinze/seize
ans, et ils n'ont pas accès au circuit des clubs. Bon, nous,
on n'a plus quinze ans mais on est totalement inconnus là-bas,
c'était donc un passage obligé."
Deux autres concerts ont été
programmés avec, en bonus, une radio session. Tout ça en deux
jours.
"C'étaient surtout de petits concerts,
comme on en fait plein en France et comme en font des milliers
de groupes locaux là-bas. Il y a eu environ une cinquantaine
de personnes à chaque fois, ce qui est carrément pas mal ! On
a pu revoir des gens de Rythm Collision, Down By Law ou Donnel
Cameron (producteur du premier album des Burning - ndr) que
l'on connaît bien. Tout le monde n'était pas venu pour nous.
Il y avait certainement une touche d'exotisme à venir nous bien
sûr, le Français étant beaucoup plus connu pour les fromages
que pour son punk-rock (rires)."
Une chose surprend quand même.
Même si le groupe est signé sur Epitaph Europe, on se demande
pourquoi les Burning Headsreste totalement inconnu en terre
hollywoodienne, les groupes hollandais, eux-mêmes signés sur
la succursale européenne du plus gros label punk aujourd'hui,
bénéficient d'une promotion, certes réduite en comparaison des
signatures US, mais bel et bien réelle. Alors que pour nos Orléanais,
nada ! Le boycott des produits français toucherait-il le punk-rock
?
"Ca a surpris pas mal de gens
qu'on soit sur Epitaph. Ils ouvraient de grands yeux en nous
disant : 'Vous êtes sur Epitaph et je n'ai jamais entendu parler
de vous !?' Ils ne comprennent pas forcément la différence entre
la maison mère et Epitaph Europe. Du fait qu'on était sur place,
on a fait un petit passage au siège d'Epitaph, surtout dans
le but de se faire connaître. Il y a une petite option pour
qu'on soit distribué là-bas avec le nouvel album. On attend."
C'était surtout la première
fois que les Burning, en tant que groupe ou individus, foulaient
le sol ricain. Alors, les gars, déçus ? Contents ? Surpris ?
"Tout ça à la fois. C'est tellement
différent de la France. On n'a pas eu trop le temps de faire
du tourisme. On aurait bien aimé mais bon... ce n'était pas
l'objet du voyage. On y est allé pour enregistrer un disque.
Et tu sais, lorsque tu es en studio, que tu sois aux Etats-Unis
ou à Bordeaux, t'es entre quatre murs et tu bosses."
On pourra être surpris de revoir
Jack Endino au poste de producteur, célèbre pour tout ses travaux
avec la scène grunge US et aussi du Dive second execice
des Orléanais. A l'époque, on avait pu comprendre que le résultat
n'avait pas trop marqué le quatuor. Philippe rétablit la vérité.
"Pour Dive, c'est lui qui était
venu en France. Il s'était retrouvé parachuté dans un studio
qu'il ne connaissait pas. Pour nous, ça n'avait pas été de très
bonnes conditions; et, pour lui, c'était carrément l'enfer.
Ca l'avait un peu freiné. Mais en se quittant, il nous avait
proposé de rebosser avec lui, mais cette fois, en venant chez
lui, où il contrôle mieux les choses. Surtout qu'avec un budget
studio en France, tu peux te payer le voyage plus le studio
aux States. Lorsqu'on s'est penchés sur le nouvel album, à se
demander où et avec qui on allait le faire, on a repensé à cette
option-là."
Et le résultat semble donner
raison au groupe.
"Là-bas, Endino était à l'aise.
Il avait très envie de faire quelque chose de bien. Du moins,
c'est ce qu'on a pensé lorsqu'on a commencé à travailler. Et,
au final, ça sonne bien mieux que la première fois. Mieux que
tout ce qu'on a fait auparavant d'ailleurs. On a enregistré
beaucoup plus vite que d'habitude. On a donc rempli la mission
(rires)", lance un Philippe toujours canaillou.
Mais la question que tout le
monde se pose, c'est quand même si ce nouvel album apporte quelque
chose de nouveau à l'édifice. Devons-nous nous préparer à quelques
menus changements ?
"Lorsqu'un groupe a déjà sorti
quelques albums, il y a toujours une partie des fans qui pensent
que le groupe devrait changer plus et une autre part qui ne
veut pas que ça change, vu que c'est très bien ainsi. on n'a
pas l'impression qu'on ait fait demi-tour ou révolutionné le
genre. Tout s'est fait super vite. D'habitude, on attendait
deux avant de sortir un nouvel album. On a décidé de faire cet
album en mars, et on a enregistré en juillet. Donc les morceaux
se sont faits en très peu de temps. On a un peu précipité les
choses. C'est là, l'évolution. Il y a beaucoup de morceaux courts,
sans aucune fioriture. C'est plutôt d'un bloc. Mais, il y a
les gimmicks que l'on a l'habitude d'utiliser. Vu que ça fonctionne
toujours..."
Ben tiens, on ne change pas
une équipe qui gagne, surtout chez les champions du monde. A
fortiori quand le style Burning Heads est apprécié.
"Ca me fait toujours plaisir qu'on
dise que le style de BH est reconnaissable. pourtant, on n'a
rien inventé. On utilise juste des trucs existants. Tu sais,
on est pas des techniciens. Le fait que l'on joue ensemble depuis
si longtemps fait que la musique reste la même."
L'album en est à sa phase terminale
: son titre est Escape. Derrière, la tournée démarrera
autour du 10 novembre et pour une durée de six semaines. L'Europe,
ce sera pour début 2000. Et les Etats-Unis ?
"L'idéal serait de tourner en
première partie d'un groupe Epitaph bien installé. J'imagine
mal que l'on puisse tourner seul dans ce grand pays. NRA qui
s'y sont attaqué, il y a deux ans, ont connu quelques difficultés.
Mais les Etats-Unis ne sont pas un objectif particulier. On
aimerait tous aller jouer dans les pays de l'Est, ça nous motive
tout autant que d'aller aux USA."
Bon, 2000, c'est l'année Burning
Heads ou merde !